Nicolas TRITZ : un pionnier en IOWA !




Nous sommes à LE MARS , à 50 kms environ de SIOUX-CITY vers 1880 , parcourant une rue large et droite bordée de maisons , comme on en voit encore aujourd’hui dans les villages de Lorraine , et de boutiques aux façades recouvertes de planches , sur lesquelles on peut lire " SALOON " ," SADDLE MAKER ", "GENERAL STORE ".

Cling ! Cling ! Cling ! Un bruit de métal que l’on cogne régulièrement nous attire. Cet homme aux fortes mains calleuses qui , dans une gerbe d’étincelles , frappe un cercle de fer rougi sur une grande roue en bois , aidé de ses 3 employés , c’est Nicolas Tritz.

Au dessus de la grande porte de son atelier, on peut lire :

" N. TRITZ and Co , matériel agricole , charriots et buggies "

Ce Nicolas descend , comme nous , de Jost Tritz . Il fabrique les charriots qu’utiliseront les immigrants partant à la conquête de l’Ouest………Il est arrivé à LE MARS en 1874 , à 37 ans. Sa femme Caroline KNOLLE , née comme lui dans la région d’Halstroff-Tunsdorff est décédée peu après leur installation dans cette petite ville du Nord Ouest de l’IOWA . – LE MARS a reçu son nom des initiales des 6 premières dames arrivées là en train ( Léonie ,Elisabeth , Marie, Anna , Rose , Suzan )……

A son décès, Caroline lui a laissé 4 garçons et 3 filles. Aujourd’hui , les grands l’aident à fabriquer les charriots , réparer les buggies et construire du matériel agricole dans la petite entreprise qu’il a fondée avec son frère Mathias , tandis que les petits font les 400 coups dans la campagne environnante.

Soudain l‘on entend une voix enfantine crier : " Een , zwee , drei! ! " suivi d’un silence, puis retentit une explosion assourdissante. Les petits diables ont placé un bâton de dynamite sous une enclume pour voir fuser mille morceaux de métal dans le soleil et s’élever ( à 1 m 50 seulement environ ) la lourde masse de fer dans les airs. Craignant la fessée pour bientôt , enthousiastes et penauds à la fois , les garçons s’égayent en courant tandis qu’Elisabeth se précipite en pleurant contre les jambes de son père.

A son travail épuisant , à ses inquiétudes de père attentionné , Nicolas Tritz ajoute pourtant des activités politiques , c’est un fervent démocrate et aussi un homme pieux puisqu’il participe à l’entretien de l’Eglise de sa paroisse , Saint Joseph.

Avec ses amis originaires comme lui d’une région qu’ils appellent Luxembourg et qui , aujourd’hui se trouve partagée entre la France , l’Allemagne et le Luxembourg , ils parlent luxembourgeois ( le Platt ) et ensemble ils évoquent l’enfance en Europe. Mais tout cela est déjà si loin pourtant ……

Nicolas soulève son chapeau noir du pouce , essuie son front du dos de la main et reprend ses instruments.

Les coups de masse retentissent à nouveau sur le grand cercle de fer et , dans " Madison Street " , on sait que Nicolas Tritz , a repris le travail , après avoir corrigé Michael le turbulent , donné un morceau de sucre candi à la petite Elisabeth que l’explosion avait effrayée ,et salué un ami venu lui annoncer une réunion du comité local des démocrates pour le lendemain.

Un soir , à la fin du mois de novembre 1909 , une grande douleur le saisit à la poitrine,Il ne s’inquiète pas trop : ce n’est pas à 72 ans qu’il va interrompre ses activités pour si peu. A plusieurs reprises , pendant une semaine , le mal reparaît sans qu’il consente à prendre du repos , ni à s’éloigner de l’odeur et du fracas de la forge. Le 2 décembre il s’écroule terrassé par une crise cardiaque. Le journal local lui consacre un long article évoquant sa vie de pionnier. Il sera conduit à sa dernière demeure par son neveu le Révérend Joseph TRITZ , son frère Mathias qui lui survivra 7 ans , ses enfants : Herman , Elisabeth , Michael , Mathias … et , tous les amis qu’en 35 ans de vie à Le Mars il avait conquis.


Ecrit par ALAIN TRITZ (Montpellier) à partir des informations transmises par Maryanne Schliekelman de St Louis dans le Missouri qui est la petite-fille d’Elisabeth (fille de Nicolas ).



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