Portrait de Anne BERNARD-TRITZ
( 18/07/1898 - 22/03/1986 )


Née à Aumetz en Moselle le 18 juillet 1898 , Anne BERNARD qui épousera en 1925 à Metz , Joseph TRITZ , descendait elle-même par sa branche maternelle de JOST TRITZ ( 1570-1635 ). Sa dernière aïeule se nommant Tritz vécut de 177 à 1840 à Hestroff et se prénommait elle-aussi Anne. Cette Anne TRITZ ( de son nom de naissance ) était la fille de Georges Tritz et Anne Botter.

Anne BERNARD devint quant à elle ANNE TRITZ par son mariage. Mais outre qu’elle était parente de son mari par son ancêtre Anne Tritz , elle l’était aussi plusieurs fois par d’autres branches : leurs ancêtres les plus proches sept générations plus tôt étant le couple COLBUS Théodoric - STEINMETZER Marguerite.

Les parents d’Anne BERNARD étaient : Joseph BERNARD , instituteur puis Directeur d’école à Aumetz et Marie-Joséphine VASEL. Dès son enfance Anne Bernard est éduquée dans l’amour de la France dont la Lorraine Nord où elle vit , est séparée depuis la guerre de 1870.- Les frères aînés de son père Joseph Bernard ont quitté la Lorraine après la défaite de Sedan .

Pour rester français ,alors que l’Alsace et le nord de la Lorraine étaient annexés , ils allèrent s’établir à Paris. Toute son enfance , Anne Bernard entendit parler de ses cousins et cousines de " France " et correspondit avec eux toute sa vie.

Dans cette Lorraine annexée Joseph Bernard qui est " Hauptlehrer " ( Directeur d’école ) favorisa l’enseignement du français aux enfants d’Aumetz , après les heures normales de cours et à l’insu des autorités allemandes.

Jamais l’espoir de redevenir un jour français ne quitta les lorrains et Anne Bernard ainsi que sa soeur Marie s’enorgueillissaient de parler couramment aussi bien l’allemand et le français . Les deux langues sans faute et avec élégance. Les instituteurs allemands de cette époque avaient l’obligation de savoir jouer d’un instrument de musique.

Anne Bernard apprit le piano , en joua souvent avec son mari , mélomane qui collectionnait les instruments ( clarinette , trombone ). Plus tard elle initiera ses petits-enfants au piano et son petit-fils Alain-François aime, encore jouer avec deux doigts les airs qu’elle lui enseigna ( " j’ai du bon tabac " , " au clair de la lune " ).

Se rappelant les bons " pain-perdus " et les bonnes kartoffeln Qu’elle lui faisait lorsqu’il passait les vacances chez elle dans les années cinquante et soixante. Après sa scolarité primaire Anne Bernard alla quelques années au Collège dans le pensionnat des religieuses de Rustroff. 60 années plus tard , sa petite-fille Chantaly alla également et Anne Bernard stupéfaite y retrouva une vieille religieuse nonagénaire qu’elle avait eu pour professeur au début du siècle. Son séjour à Rustroff approfondit la foi et la piété d’Anne Bernard , et il aurait fallu peu de chose à ce moment là pour qu’elle entre en religion.

Pendant la première guerre mondiale l’Ecole primaire d’Aumetz dans laquelle habite la famille Bernard est en partie réquisitionnée par l’Etat-major de l’Empereur Guillaume II. Une nuit le KRONPRINTZ ( Prince Héritier , fils de Guillaume II ) dormira dans la pièce juste au-dessus de la chambre d’Anne Bernard et elle vit défiler tout ce que l’Empire comptait de chefs militaires.

Les semaines qui suivirent un jeune Colonel , Baron en Bavière , tentera en vain de séduire la jeune Anne qui ne pense qu’à ses cousins Henry et Léon de Paris qui servaient dans l’armée française . Le jeune Colonel-Baron mourut à Verdun et malheureusement les deux cousins aussi. La guerre finie , la Lorraine redevenant française , on organise pour le 14 juillet 1919 le " Grand Défilé de la Victoire " .

L’Alsace et la Lorraine y seront représentées avec faste et éclat.Pour chaque province une vingtaine de jeunes de 20 ans défileront sur les Champs Elysées , les alsaciens et les lorrains en tête. Anne Bernard sera choisie . Ce voyage à Paris pour le 14 juillet 1919 restera un des évènements les plus marquant dont elle parlera toute sa vie.

Elle embrassa le Président de la République , M. POINCARE et les glorieux chefs militaires. Ce voyage avait été organisé par le Capitaine de Jouffray et Josserand le fils de l’Ambassadeur. Pendant ce séjour elle fut reçue chez son oncle bd Ménilmontant.





Marie Bernard , la sœur d’Anne , se marie la première , mais son époux Charles NADE présente à sa belle-sœur son meilleur ami………un homme élégant , grand ( 1m82), musicien et mélomane , et comptable de profession….Joseph Tritz qu’elle épouse en 1925.

Les jeunes mariés habitent d’abord rue Bégin à Metz et en 1926 ce sera la naissance d’une fille Bernadette. En 1931 la naissance d’un garçon Marc. – En 1933 , Joseph et Anne achètent une maison dans le quartier du Sablon , 27 rue aux Arènes. Le beau-père d’Anne , Michel Tritz , âgé et veuf ,viendra vivre avec eux. La maman d’Anne viendra aussi vivre auprès de sa fille qui l’appelait " Bonne Maman " tant sa gentillesse était connue . Le bonheur aurait dû être présent . Malheureusement c’était sans compter avec la seconde guerre mondiale , l’arrivée des troupes allemandes à Metz , l’exode , l’expulsion……….Pour la deuxième fois de sa vie , aprsè le Grand Défilé de 1919 , Anne Bernard-Tritz quitte à cause de la guerre sa région à laquelle elle est si attachée. En une demi-heure toute la famille est jetée dans un camion, puis dans un train. En compagnie de milliers de Lorrains qui refusent d’être allemands , Joseph , Anne etleurs deux enfants sont expulsés vers le sud de la France. Ils vivront près de cinq ans à Lyon. Souvent difficilement Et sans nouvelle de " Bonne Maman " qui a échappé à la rafle et à l’expulsion car à ce moment là elle se trouvait à l’église !

La guerre est longue, et au bout de deux ans , n’ayant pas de nouvelle de " Bonne Maman " , Anne Tritz qui parle couramment l’allemand , sans accent , joue le tout pour le tout. Avec courage et émérité, au risque de se faire arrêter , elle monte en gare de Lyon dans un train de militaires allemands qui rentrent en permission en Allemagne , en passant par Metz. …Anne Tritz parlant l’allemand se fait passer pour l’épouse d’un Colonel qui est sensé se trouver dans le train. Elle arrivera ainsi sans encombre à Metz où elle retrouvera sa mère. Après quinze jours , par le même subterfuge elle rentre à Lyon avec quelques pièces d’or cachées dans les boutons de s arobe. Ces quelques pièces d’or permettent de vivre mieux. Après la Libération retour à Metz. Cela ne fera pas la joie des enfants qui vivant à Lyon depuis cinq ans , y ont tous leurs amis et camarades. Quelques années plus tard ses enfants Bernadette et Marc se marient , puis en février 1951 c’est le décès accidentel de Joseph Tritz.

Sa fille Bernadette qui vit dans la même maison a deux enfants Annie et Catherine. Son fils Marc a quatre enfants , Chantal , Alain-François , Monique et Pascale. Pour ses 6 petits-enfants , surtout les plus âgés , " la maison du Sablon " est restée la maison du bonheur. C’est la maison dans laquelle ils aimaient fouiller le grenier , courir dans le jardin , jouer avec le chien Bobie , grimper sur le cerisier ou manger les Reine-Claudes , apprendre avec " la Mamie " à jouer au piano ou à réciter leurs prières. Pour ses enfants et petits-enfants le souvenir d’Anne Bernard-Tritz reste intimement lié à cette " Maison du Sablon " .

Anne Bernard était une femme pieuse , droite , avec une certaine dose d’orgueil , de fierté et de générosité qui font les grnades dames. Sa famille , ses enfants et petits-enfants étaient toute sa vie , et chaque année , fin juillet à l’occasion de la Ste Anne elle invitait toute la famille pour un grand repas de fête qui coïncidait avec la fête du quartier du sablon. Les petits-enfants allaient s’amuser sur les manèges et ce repas de la Ste Anne symbolisait le départ en vacances tant attendu. Les souvenirs familiaux qui lui furent racontés par ses parents elle les raconta à ses petits-enfants. Et , c’est ainsi qu’Alain-François , son petit-fils peut aujourd’hui connaître et narrer des histoires familiales datant d’avant 1900 et même de la Guerre de 1870 ! Si Alain-François Tritz a eu l’idée de créer une jour une association familiale et s’est intéressé à la généalogie , c’est en partie dû à sa grand-mère Anne Bernard-Tritz. En écrivant ces lignes , il pense à cette phrase entendue :

" Une vieille personne qui meure , c’est une bibliothèque qui brûle…… "

Puisse chacun des Tritz écrire et immortaliser la vie de ses parents et grands-parents afin que les bibliothèques ne brûlent plus.



Alain-François Tritz


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