Jean-Pierre TRITZ ( 3 juillet 1888 - 27 novembre 1942) Maire de Bouzonville (Moselle ) de 1925 à 1940



Jean TRITZ d’Halstroff et son épouse Elisabeth GENSER de Schwerdorff habitaient Waldwisse. Ayant débuté comme instituteur et doué du don de la parole , Jean TRITZ était toujours prêt à discuter Histoire , politique , économie et dit-on , ne cachait pas ses opinions , les défendant aprement. Qu’il devienne banquier peut surprendre mais être " Monsieur le Maire " semble plus naturel.

A part l’arrivée du chemin de fer et de l’électricité , Waldwisse n’avait probablement pas changé beaucoup depuis des centaines d’années , tout le monde connaissait tout le monde . Certains étaient plus à l’aise que d’autres , avaient une meilleure éducation ou appartenaient à d’autres religions , mais tous se cotoyaient l’école , à l’église , à la chasse ou chez Fousse , le bistro local . Une certaine civilité favorisait la tolérance , une démocratie innée. Ce qui n’empêchait pas la méfiance et un certain esprit taciturne causé par les vicissitudes de fréquents changements de frontière particuliers à la Lorraine…..

C’est là , dans une grande bâtisse sans grand style, qu’est né Jean-Pierre Tritz , entre une sœur ainée et deux frères cadets. C’est de là aussi qu’il tenait ses qualités d’être à l’aise et la portée de tous les niveaux sociaux , d’écouter et de convaincre , de comprendre et de ne pas condamner et même de pardonner trop facilement.



Après ses études primaires à Waldwisse , Jean-Pierre Tritz passe au Petit Séminaire de Metz et ensuite fait des études de Droit dans plusieurs universités allemandes.

Le lendemain de l’obtention de ses diplômes il est conscrit dans l’armée allemande et grièvement blessé à la première bataille d’Ypres. Il est démobilisé en 1915 ou 16 et passe dans l’administration civile de Bruxelles sous occupation et y acquiert son aversion , non pas pour les allemands , mais du doctrinaire à outrance , son aversion de la discipline irraisonnée , de la justification des moyens extrêmes et de ceux qui les pratiquent.

Peu après la fin de la première guerre mondiale il est nommé Notaire à Bouzonville et bientôt devient son Maire jusqu’à l’arrivée des Nazis en 1940. Il est aussi élu au Conseil Général de la Moselle. Dès 1933 , il voit le désastre qui se développe en Allemagne et déplore le manque de jugement et d’action pour le contenir. Il voit ses contemporains d’université Outre-Rhin rejoindre les rangs nazis. Au contact des premières émigrations Juives vers la Lorraine Jean-Pierre Tritz entrevoit l’inhumanité qui va suivre…….Malgré l’environnement d’une ligne Maginot et les discours énergiques de ses chefs il doute qu’une autre guerre puisse être évitée. Il doute d’une victoire alliée qu’en Fin 1939.

Bouzonville est évacuée dans le département de la Vienne en septembre.





Jean-Pierre Tritz assiste ROBERT SCHUMANN et basés à Poitiers les deux hommes s’occupent des réfugiés lorrains dans la région. Robert SCHUMANN devient Ministre des Réfugiés du dernier cabinet Raynaud.

En affrontant l’apathie des autorités locales du Poitou , où Schumann et Tritz sont connus comme " le Chanoine et son Sacristain " , ils se font des ennemis. En mai 1940 , tout juste avant la défaite , Jean-Pierre Tritz a quelques succès à faire libérer de camps d’internement de ressortissants allemands quelques réfugiés Juifs de cette nationalité , mais il est dénoncé comme faisant partie de la cinquième colonne et manque d’être arrêté dans la confusion de la pagaille de Juin 1940.

Dès l’occupation , il soutire ce qu’il peut des autorités allemandes , essence , permis et , en tandem avec le Maire de Creutzwald qui est en zone libre , commence un traffic entre les deux zones à " passer " des personnes recherchées par les occupants ou séparées de leur famille et , aussi de Juifs en fuite. Avec Robert SCHUMANN, lui aussi conseille aux parents de jeunes lorrains retournant au pays natal de laisser leurs fils en France pour échapper à une mobilisation à leur retour en Lorraine. Mais ," Par la même Personne ( triste à dire , un médecin lorrain qui a son retour en Lorraine paradait en uniforme de hauptman allemand ) il est dénoncé à la Gestapo , cette fois comme agent Anglais ! ….."- Le lendemain même de son retour en octobre 1940 ,il retrouve Robert Schumann………..comme voisin de cellule , en prison à Metz. Six mois plus tard , à peine reconnaissable et terminalement malade Jean-Pierre Tritz est relâché , il retourne à Poitiers où il meurt en novembre.

Son épouse Gabrielle GULDNER-TRITZ reprend sa résistance à l’occupation , elle aussi aide à " passer " la ligne de démarcation , héberge des aviateurs alliés , fait partie du réseau " Marie-Odile " . Arrêtée en Janvier 1944 , elle passe un mois en solitaire à la prison de Poitiers , est transférée comme NN , au camp de Rawensbruck et en est libérée par les Suédois , fin mars 1945 .

Jean-Pierre Tritz était d’un tempérament égal , rarement en colère mais alors , avec de beaux feux d’artifice et un vocabulaire plus riche en patois lorrain qu’en français. Il était généreux , et aimable et laissait toujours un bon souvenir. Comme beaucoup de ceux de 14-18 qui avaient vieillis quelques années de fin de jeunesse sans les avoir , il appréciait d’être en vie. Il aimait l’élégance , la chasse , la bonne table et sa cave était appréciée par les connaisseurs. Ses enfants l’adoraient.

Jean-Pierre Tritz , raconté par son fils du New-Jersey : John Tritz(1929-2018)


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