Le Père Jean TRITZ (1917 - 1998 ), 45 ans à Madagascar



Il était Lorrain et fier de l’être ,
né en octobre 1917 à Heckling les Bouzonville entre Sarre et Moselle. Le 3ème de sept enfants , il sera aussi le 3ème missionnaire , après son ainé Pierre ,toujours actif à Manille ,et sa soeur Catherine , carmélite aux Philippines,son neveu Michel est Assistant du Supérieur régional des Fils de la Charité à Paris.

Sur les conseils du Père Lorson , lors d’une exposition missionnaire à Bouzonville , leurs parents avaient choisi l’école apostolique de Florennes , en Belgique. Jean est alors le condisciple de Jacques Reinbold , d’Aimé Duval , le fameux chanteur des années 70. Reçu au Noviciat en octobre 1936 , Jean confie à son maître des novices , Joseph Subtil ,son désir de la mission de Chine , où son frère vient de partir à Shien Shien.

A la fin de sa première année de juvénat , il va s’embarquer avec Eugène Lemaire ; Marseille , leurs bagages sont déjà sur le bateau , mais le 2 septembre , la guerre est déclarée. Jean sera élève officier au camp de la Courtine. A l’armistice de juin 40 , il sera libéré.

Jean rejoint Vals pour sa philosophie , mais quand la zone sud est occupée en 43 , pour éviter leur conscription dans la Wehrmacht , les Alsaciens-Lorrains doivent partir. Avec Jean Singer , il gagne l’Espagne. Placé en résidence surveillée chez les jésuites de Barcelone, il y achève ses cours de philo et enseigne le français dans un collège.

En juillet 45 , il revient pour sa théologie à Fourvière , puis à Enghien. Il est prêtre en juillet 48 , après son troisième an , son provincial , Etienne Pillain , connaissant ses projets missionnaires maintenant tournés vers Madagascar , voyant ses qualités de technicien , le nomme à Lille pour un stage à l’ICAM pour le dessin industriel en particulier. Trois ans , il sera ministre de l’école missionnaire de Cormontreuil , en équipe avec le Père Joseph Reinbold , le directeur , pour l’agrandissement des locaux et les aménagements intérieurs.


D’ Ambositra à Fianarantsoa


Enfin il peut partir pour Madagascar. Débarquant à Tamatave en septembre 1955 , il fait six mois de malgache à Ambositra , complétés dans la paroisse du Père Gonzague Maës à Tsarafidy .

Du Collège Saint François Xavier à Fianarantsoa , il s’appuie sur le Frère Paul Ruyant pour diriger les chantiers. Avec le Père Leroy , il fait les plans du Collège de Mananjary. A l’écoute des Sœurs de Saint Paul de Fribourg , il construit et met en route l’imprimerie Saint Paul . Il agrandit le Collège Saint François Xavier.


Du Collège Saint François Xavier à l’hôpital hansénien


En septembre 57 , lors d’une retraite sur la colline de Marana , son supérieur régional ,confirme son rôle de constructeur et le nomme conseiller des travaux à Marana où il résidera à partir de 1972 tout en restant économe du collège.

A la mort du Père Chadourne en 1982 , il devient l’aumônier des sœurs et des malades. La léproserie avait été fondée en 1892 par le Frère Dursap , développée en 1908 par l’ingéniosité du Père Jean Beyzim , ce polonais austère et généreux qui avait appelé les Sœurs de Cluny en 1911.

A Marana , avec Mère Marie Axel , en 1964 , le Père Jean Tritz effectue l’adduction d’eau , et la communauté accueille Raou Follereau , qui préconise et va financer la construction d’un village de maisons individuelles pour les familles des malades. Les lèpreux célibataires préfèrent cependant la convivialité des salles communes.Déjà , le Frère Dursap et les malades valides avaient planté des eucalyptus sur la colline.

Comme les Sœurs , le Père Tritz aime ces bois devenus forêt , il veille aux coupes périodiques pour le bois de cuisine et de construction. A l’initiative de Sœur Castaldo , il installe une scie à grumes. Dans le vallon qui descend derrière les pavillons des malades , il agrandit les jardins potagers , fait élargir la route d’accès qui monte de Fianarantsoa à Marana ; surplombant la belle vallée de Mandranofotsy.

En 1974 s’ouvre le chantier du beau séminaire interdiocésain de Kianjasoa qui recevra le second cycle secondaire. Construit sur trois étages à galeries , il est inauguré par Mgr Gilbert Ramanantoanina à la rentrée de 1975. Dans les églises , dans les chapelles qu’il a bâties , le Père Tritz aimait dessiner les verrières des absides ; à Marana , à Mahamanina , le centre spirituel de Fianarantsoa , il composait des vitraux en dalles de verre serties dans des nervures de béton ; chaque fois il choisissait la gamme des couleurs fondamentales : les jaunes et les rouges , accordés au bleu roi , réjouissent le visiteur ; le soir , leur lumière est plus douce .

Dans le haut du domaine de Marana , il avait placé l’autel de pierre et la belle statue de Notre Dame du Haut Mont. 4000 pélerins étaient montés , entourant les malades en mai 1987.

Un podium pour Jean Paul II


En avril 89 , pour la venue du Pape sur le modeste aéroport de Fianarantsoa , dans un grand concours de bonnes volontés , avec des troncs d’eucalyptus de Marana , il fait construire un grand podium de 50 m2 , à 3m50 au dessus du sol ; les menuisiers du regretté Frère Gallo dressent l’immense croix.

A l’arrivée du Pape , les Sœurs , les malades ,lePère Tritz au premier rang , recevaient de Jean Paul II un chapelet , précieux souvenir. Venues de Toliara , d’Ihosy et Tolagnaro , les délégations de chrétiens se mêlaient nombreuses aux Betsileo du diocèse de Fianarantsoa.

En 90-92 , sur le grand chantier du séminaire interdiocèsain de Vohitsoa le Frère Cicérone est conseillé par le Père Tritz ; mais son projet de chapelle de plan ovale est remis à plus tard.

Du centenaire de Marana à la cause du Père Beyzim


Après la visite à Madagascar du Père Peter Hans Kolvenbach , Général de la Compagnie en 1992 ,le Père Tritz organise les fêtes du centenaire de Marana avec les Sœurs de Cluny , une belle exposition de photos et de lettres d’archives à l’étage de la maison centrale montrait l’évolution des bâtiments de l’hôpital et des espaces verts , l’amélioration des soins sur place.

Au centre , bien sûr , les photos du Père Beyzim au visage si grave.Une carte montrait les tournées de dépistage de la lèpre.Depuis juin 1985 , le Père Tritz était vice-postulateur de la cause de béatification du Père Beyzim ; le Père Paolo Molinari , postulateur général à Rome , demandait au Père Tritz d’aider son archevêque dans les démarches rogatoires.

A 80 ans , il n’a guère ménagé sa peine , au volant de sa camionnette, sur les chantiers de cet hôpital hansénien , il a montré son dévouement par beaucoup de gestes personnels et de réalisations. Début 1998 , il est déjà touché par la maladie, il ne peut plus se concentrer pour lire , il ne répond plus aux lettres , aux colis reçus .


En août il ne s’alimente plus , mais la perfusion le soutient. Le Sœurs comprennent qu’il désire la paix de Dieu. Le 22 septembre à l’aube , entouré par elles et par un frère de sa communauté , il s’éteint paisiblement. Il avait promis à Soeur Marie Dominique de rester avec ses sœurs jusqu’au bout ," offrant ses souffrances pour nous tous " .

Le soir du 22 , après la veillée mortuaire à Marana , son corps était exposé à la résidence d’Ambozontany où beaucoup venaient prier. A la sortie de la messe des obsèques , autour du Père Odon , Vicaire Général , le cercueil du Père était salué par les honneurs militaires , à cause des décorations du gouvernement malgache.

Au cimetière de Marana , il était inhumé dans la fosse où le Père Beyzim avait reposé , avant son transfert dans le tombeau en marbre dessinè par le Père Tritz dans l’église.

Le sens d’une vie


Ces deux jésuites avaient voulu servir un peuple souffrant , aimé de Dieu , à Madagascar. Sollicitées par nous , trois sœurs de St Joseph de Cluny , responsables successives de Marana , Sœur Marie Axel Bunout , Sœur Gertrude Castaldo, et la Supérieure actuelle ,Sœur Marie Dominique Rakotozafy ont apporté leur témoignage :

" C’était un homme timide , froid au premier abord , mais bon , attentif quand on faisait le premier pas . De caractère entier , mais sensible , il gardait une capacité d’écoute et de compréhension. C’était le conseiller des prêtres et des religieuses pour les constructions, il a été secourable aux jeunes pour le suivi de leurs études. "

Le Père Tritz avait le goût du beau et du travail fini " il savait former ses ouvriers , maçons et forestiers. A Marana , il était présent auprès des malades alités , joyeux les jours de fête avec les enfants.
C’était notre aumônier , notre chapelain , le conseiller des catéchistes des parents ; capable d’accueillir les visiteurs notables ou plus modestes. Dans ses billets de remerciements à nos bienfaiteurs , il aimait écrire : " l’univers est petit , le coeur est immense " .

Pour lui , pour eux , les distances ne comptaient plus. " Trois mois avant sa mort , il disait à Sœur Gertrude : " j’ai fait tout ce que j’ai pu pour Marana , maintenant je peux partir….." .Il allait partir vers celle qu’il aimait : " Notre Dame ", les bras de son Fils s’ouvraient pour lui .

Père Jacques Gabin


Article paru dans la revue "Jésuites en Mission " de Janvier 1999 Repris avec l’autorisation du Père Gabin


retour à la page d'accueil